Mamane Adamou Alassane sur l’intelligence artificielle

Mamane Adamou Alassane, concepteur et pilote de drone, ingénieur en systèmes informatiques diplômé du National Institute of Information Technology (NIIT) de l’Inde et instructeur en pilotage de drone à l’African Drone and Data Academy (ADDA), alerte sur les enjeux de l’intelligence artificielle (IA). Dans une interview accordée à Niger Inter Hebdo, il décrit l’IA, en évalue les apports et les risques, et évoque les perspectives pour la jeunesse nigérienne.

Pour Mamane Adamou Alassane, l’intelligence artificielle repose sur des programmes avancés capables d’analyser d’importantes masses de données et d’utiliser des méthodes d’apprentissage profond pour produire des contenus variés — textes, images, vidéos — ou pour résoudre des problèmes complexes, notamment en mathématiques. Il souligne toutefois des limites fondamentales : l’IA ne dispose pas de la richesse ni de la complexité du langage humain et n’« comprend » pas le sens des mots comme un être humain. Elle ne possède pas non plus de connaissance fiable du monde réel, ni de conscience morale ou éthique pour guider ses décisions.

Sur la question de savoir si le développement de l’IA est une menace ou une opportunité, Mamane Adamou Alassane adopte une position nuancée. Selon lui, l’IA offre des avantages considérables : elle permet d’exploiter de larges volumes de données pour améliorer des secteurs clés. En agriculture, elle peut optimiser les rendements grâce à des prévisions météorologiques plus précises ; en santé, elle facilite le dépistage précoce des maladies et l’adaptation des traitements ; dans l’aéronautique, elle contribue à des vols plus sûrs et plus efficaces. Mais ces bénéfices s’accompagnent de risques sérieux. L’utilisation malveillante de l’IA par des cybercriminels pourrait faciliter la création de contenus falsifiés ou des attaques informatiques. Par ailleurs, l’automatisation croissante menace un nombre important d’emplois traditionnels, ce qui pose des défis sociaux et économiques.

Interrogé sur les opportunités pour la jeunesse nigérienne, Mamane Adamou Alassane estime que les jeunes peuvent tirer un réel profit de l’IA, notamment en concevant des solutions adaptées aux problèmes locaux. Dans un pays sahélien confronté à des défis climatiques affectant l’agriculture, ainsi qu’à des enjeux sanitaires et éducatifs, une utilisation réfléchie de l’IA peut aider à résoudre des problèmes quotidiens et à innover dans les pratiques. Il appelle la jeunesse à s’engager activement et à employer ces technologies de manière responsable, dans l’intérêt collectif plutôt que pour des motivations nuisibles.

L’ingénieur réitère ses mises en garde : l’IA, bien qu’utile, ne remplace pas la compréhension humaine ni le jugement moral. Il rappelle que, malgré son potentiel pour transformer l’éducation, l’enseignement et l’inclusion digitale, les progrès technologiques rapides entraînent des risques et des défis qui dépassent souvent les cadres politiques et réglementaires actuels, comme le souligne également l’UNESCO.

Les propos de Mamane Adamou Alassane interviennent alors que la région et le continent s’intéressent de plus en plus aux applications de l’intelligence artificielle, entre promesses d’innovation et nécessité d’encadrer les usages pour prévenir les dérives. L’appel à la prudence et à la formation des nouvelles générations pour tirer parti de l’IA tout en minimisant ses dangers constitue le fil conducteur de son intervention.